Née à Sète en 1965
Vit et travaille en Languedoc-Roussillon
PRENONS EN DE LA GRAINE
"On aura beau sonder toutes les oeuvres du monde, la
Création en général conservera toujours son mystère. Il
s’agit en tout état de cause d’engendrer, de concevoir.
Véronique Agostini prend le problème à bras le corps. Qu’en
est-il de ce mystère dans ce laboratoire re-créatif qu’est
l’expérience esthétique ? Sa matière de prédilection c’est
le papier, venue d’extrême Orient, avec son caractère
fragile comme la vie, subtil comme une émotion, plus ou
moins translucide à l’instar de nos rapports avec le monde
environnant, les autres notamment.
Ce papier, qu’elle dompte à force de superpositions, de
collages et de liants, elle en tire des formes inédites, à
caractère végétal comme pour lui restituer son origine
naturelle, mais passée au crible de nos référents culturels
occidentaux.
Ces formes, à connotation féminines très fortes, sont en
fait comme le creuset d’une réalisation qui met en abîme le
phénomène créatif dans son ensemble. De curieuses graines en
émanent, germes de tous les possibles, véritables
incarnations d’une œuvre toujours en devenir, d’une œuvre
comme devenir.
Le devenir est donc dans l’oeuvre. Il y est comme suspendu.
Le travail par séries favorise cet essor toujours recommencé
et permet de nombreuses variations sur le thème.
D’autant que la graine contient en germe non seulement
l’œuvre à venir mais son propre accomplissement, assortie du
support qui l’inclut et en souligne l’achèvement relatif.
Ainsi la graine révèle-t-elle son contenant et est-elle le
point d’aboutissement du processus créatif. Réceptacle et
tremplin, elle reçoit et elle donne. En ce sens elle mime le
cours de la vie naturelle.
L’art contemporain en effet est moins recherche de l’œuvre
définitive, du pur chef d’oeuvre, qui synthétiserait les
connaissances et principes esthétiques universels que
constant approfondissement d’un sujet de prédilection que
l’on cherche à mener jusque dans ses derniers
retranchements. Véronique Agostini a trouvé le sien dans
l’observation intuitive de la nature et dans la relation
privilégiée qu’elle entretient avec un matériau qui
précisément émane d’elle.
La couleur souvent pâle du papier avec ses plis et nervures
et qui appelle en permanence son contrepoint plus obscur
évoque la lumière qui émane de ces semi-volumes non
émancipés de leur support mural.
La série des «territoires», sur support en bois, assure à
ces graines démesurées un traitement pictural, comme si
elles prenaient possession de cet espace privilégié par la
tradition artistique. Autre façon de se développer, de
croître et se multiplier. Mais cette forme cède le pas à une
autre thématique, celle de la cage, stylisée. On retrouve
ici les deux pôles de l’art : sa tendance à s’abandonner au
développement naturel, sa germination baroque et, au
contraire, la nécessité de se contraindre et de s ‘imposer
des limites rationnelles, humaines trop humaines, pour
parler comme le philosophe du dionysiaque et de
l’apollinien.
Au demeurant ce que Véronique Agostini nomme des
«follicules» prend l’allure d’un masque, ou d’une arme de
défense, en tout cas d’un attribut humain. C’est sans doute
ce qui trouble face à ces réalisations. Leur apparence
naturellement humaine.
Quel double mystère en perspective. C’est ce que nous révèle
sa production."
Bernard Teulon-Nouailles (juin 2006)
Collections privées :
France, Allemagne, Suisse, Belgique, Hollande